
Genève affiche clairement son ambition de devenir une ville durable. La réaliser demande un engagement de tous les acteurs économiques de la place. Best for Geneva en fournit l’opportunité. Comment? Par un programme innovant et pertinent ouvert aux entreprises du canton désireuses d’améliorer leurs pratiques sociales et environnementales.
Depuis son lancement en janvier dernier, l’initiative a su fédérer les acteurs locaux du développement durable dans une démarche de sensibilisation et d’éducation commune. Trente partenaires s’impliquent dans la mise en œuvre de plus de soixante ateliers couvrant les multiples dimensions d’un management durable.
Le programme bénéficie du soutien du Canton, qui y voit un prolongement de sa volonté politique d’accompagner les entreprises dans la transition vers une économie prospère respectueuse de l’humain et de l’environnement. L’ONU a salué son caractère pionnier et, dès 2019, va mettre en ligne un portail permettant aux entreprises de mesurer leurs impacts sur la société dans le contexte des 17 objectifs de développement durable adoptés par la communauté internationale.
En juillet 2018, 300 entreprises de toute taille et issues de 42 secteurs d’activités ont déjà répondu à l’appel. Jonathan Normand, directeur exécutif de B Lab Suisse, espère toucher plus de 500 participants d'ici la fin de l'année. Cinq entreprises témoignent ici de leur participation.
Au moment de l’inscription, l’entreprise remplit un questionnaire en ligne qui lui permet d’obtenir rapidement un premier état des lieux de sa performance. Un score global, mais aussi désagrégé par domaine d’actions, indique à l’entreprise là où elle pourrait s’améliorer en priorité. Ses résultats peuvent être comparés à ceux d’entreprises au profil similaire, ce qui constitue un précieux atout.
Pour Stéphane Couderq, Directeur de Topomat Technologies (12 employés), le questionnaire permet de s’auto-évaluer de manière simple et efficace. L’entreprise dispose ainsi d’un précieux tableau de bord, qui permet de réaliser rapidement des améliorations concrètes. « On voit se dessiner le chemin à parcourir et le questionnaire est un bon point d’entrée pour s’y engager », souligne Stéphane Couderq. Il est accompagné de nombreux exemples de bonnes pratiques, valables aussi pour les petites entreprises aux agendas chargés et ressources limitées.
« Avancer de manière concrète et structurée avec un outil permettant de voir ses progrès, puisque les résultats se mettent à jour avec toute nouvelle donnée, est un réel plus pour la motivation », ajoute Stéphane Couderq. Ce dernier envisage à terme d’utiliser ce système de ‘scoring’ dynamique comme outil de gestion interne.
Best for Geneva, c’est aussi un programme didactique pointu avec des intervenants de qualité et des échanges constructifs entre participants qui ne se côtoient pas habituellement, mais qui partagent les mêmes valeurs.
Aux yeux de Sébastien Lia, Facility Manager chez Messerli Services (230 employés), « les ateliers apportent les outils nécessaires à la réalisation de notre objectif sociétal et environnemental ». Suite à l’atelier sur le guide des achats professionnels responsables, « nous avons mis en œuvre un processus des achats responsables au sein de notre société et nous avons ainsi créé un partenariat amélioré avec nos fournisseurs ».
De son côté, l’entreprise Jaquier Services, active dans le tri et la valorisation des déchets (24 employés), a recruté trois apprentis supplémentaires. Natalia Jaquier, co-directrice, souhaite « assurer la relève du métier dans un domaine d’activité qui demeure peu ‘sexy’ aux yeux du public alors qu’il est essentiel pour la prospérité de Genève ».
Natalia Jaquier cherche à accélérer des collaborations qui pourraient offrir des débouchés à des matériaux réutilisables collectés par l’entreprise et qui devront être éliminés sinon. Par exemple, l’entreprise a fait don de matériaux nécessaires à la Ville de Carouge pour réaliser un potager urbain dans le quartier de la Tambourine. L’entreprise souhaite développer des partenariats de ce genre grâce aux rencontres dynamisées par la plateforme Best for Geneva.
Pour Ecoservices, pionnier dans le travail à temps partiel (depuis plus de 20 ans, ses 35 collaborateurs, direction comprise, travaillent à 80%), un des axes de travail pour le futur est d’impliquer davantage les collaborateurs dans les prises de décisions de l’entreprise.
« C’est pourquoi, la participation aux ateliers n’est pas destinée uniquement à la direction », relève Carole Zgraggen, co-directrice d’Ecoservices. « Certains ont ainsi suivi l’atelier sur la participation et la prise de décision des collaborateurs ». Dans ce cas, identifier les priorités spécifiques à l’entreprise permet de se concentrer sur les ateliers qui génèrent des résultats concrets et bénéfiques. L’entreprise envisage d’ouvrir, à moyen terme, son capital-actions à ses employés, suite à un échange avec un autre participant, Codalis, sur le modèle de prise de participation de ce dernier.
La participation au programme dans un réel esprit de changement pour l’entreprise peut aussi s’avérer un formidable moteur de motivation et d’engagement des collaborateurs. Sébastien Lia explique avoir commencé par une phase de sensibilisation de toute l’équipe aux enjeux de développement durable propre à l’entreprise. Cette démarche inclusive en vue de co-créer une vision commune de l’entreprise a amené « toute l’équipe à confirmer sa volonté de faire partie de ce projet, motivée par l’envie de construire ensemble un meilleur avenir pour les générations futures ».
Bean2Me propose une alternative aux capsules pour un approvisionnement responsable de café sur le lieu de travail. Pour un kilo de café, le café en grain produit en effet dix fois moins de déchets qu’une solution en capsule. L’entreprise collecte et revalorise, par exemple, le marc de café pour tous ses clients. Celui-ci est transformé en ressource énergétique renouvelable en partie réinjectée dans le réseau des SIG.
Pour Bean2Me, démontrer un comportement responsable dans la fabrication de ses produits et la prestation de services s’avère primordial pour assurer un succès commercial. Mesurer son impact pour pouvoir mieux communiquer aux clients les avantages environnementaux et sociaux de son approche est une des raisons qui ont poussé l’entreprise a rejoindre le programme.
« Nous travaillons toujours plus à ‘livre ouvert’ avec nos clients et partenaires. Cela devient maintenant une tendance forte. Le choix d’un fournisseur par nos clients est motivé par des critères, tel que la durabilité de l’entreprise » explique Aurélien Gauffrenet co-fondateur.
Être en mesure de s’évaluer et de suivre les progrès reposant sur des indicateurs reconnus est donc primordial. Sans quoi toute communication sur le caractère responsable de l’entreprise comme argument de vente l’expose à un risque de réputation qui pourrait lui être fatal (voir ‘greenwashing’).
Best for Geneva se prolonge jusqu’en 2019 et offre aux entreprises, au-delà d’un programme éducatif, une opportunité d’être reconnue pour leur comportement responsable. Les entreprises ayant participé au cycle 2018 pourront, en 2019, bénéficier d’une évaluation de l’ensemble de leurs pratiques ainsi que d’une vérification de leur impact. Celles-ci pourront ainsi recevoir une attestation de leur performance certifiée. Une remise de prix à la fin du programme en 2019 distinguera les entreprises les plus performantes.
Crédit photos : Best for Geneva
Pour en savoir plus (non exhaustif)
Sources d’exemples de bonnes pratiques en Suisse:
Soutiens aux entreprises du canton: